Il me caresse de sa voix de velours et je retrouve peu à peu mes esprits, ma bouteille de whisky s'étant transformée en bouteille de plongée dans une brume opaque au goût de vomi. Tu veux dormir chez moi ? Oui, je le veux. Marie-moi, mon Dieu, je suis Sainte autant que tu es sain... Doux blasphèmes alcoolisés. Au pied du Pêché, tu es le serpent qui me tend la pomme. Un baiser mortel. Et sa salive comme un poison qui me fait sienne. Je te fais pas peur ? Non, tu devrais ? Il restera sur mes lèvres une addiction aux siennes, jusqu'à ce qu'à nouveau elles m'appartiennent. C'est une belle soirée pour mourir. Il roule à toute allure dans la nuit brune sur des routes étroites et sinueuses, mais je n'ai pas peur. Je me demande juste comment il peut conduire dans l'état qu'il est, vu l'état dans lequel je suis. On dirait un jeu vidéo, et c'est lui qui a les commandes, qui tire les ficelles, et je suis son pantin. La route semble longue, je n'ai plus ni la notion du temps ni celle du bien et du mal. Je me fous bien de la morale. A poil dans le salon avec le Diable, et je devrais avoir peur ? Par ici le Paradis interdit. Demain je pars d'ici. Je me tire, je tire un trait. Tu parles. Secret gardé ? Promis juré, croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en Enfer. Du Paradis à l'Enfer il n'y a pourtant qu'un pas, que le Diable franchira. Sacrilèges, je crie, je crois, que je suis dans de beaux draps. Et pour dire ou garder un secret, il n'y a qu'à savoir ouvrir ou fermer sa bouche... Mange-moi. Les tabous passés à tabac. Je saute dans la gueule du loup. A quatre pattes sur le sofa. Sous la douche à la verticale, sous les draps à l'horizontale. Et je rêve éveillée, il est aussi bon qu'il est beau, il est aussi bienveillant qu'il est violent. Je m'enroule dans une serviette blanche et me regarde dans la glace. Je suis lavée, l'esprit lessivé, essoré, des bulles de savon collent encore à ma peau, mais au fond je ne suis pas si nette que ça. J'aperçois son reflet derrière moi. J'ai le Diable au corps, depuis que j'ai un diable en or autour du cou. Un nuage sombre plane dans le miroir. Au milieu de ses deux ciels bleus, le trou noir. Ne plus penser à rien qu'à se faire du bien, et surtout ne pas penser à demain. Demain ça sentira bon le fantasme réalisé, la nostalgie naissante de hier, demain je le sentirai encore en moi, demain je commencerai à compter à rebours... Mais il est déjà demain, dimanche, sept heures du matin, la bombe est posée. Je suis victime et coupable de mon destin. Je suis vouée à rater la marche à chaque fois que je pose le pied. Alors surtout ne plus s'éveiller et dormir et rêver à perpétuité. Il n'est pas pêcheur, lui, il est le pêché. "Noone,noone,noonecangetinthewayofwhatIfeelforyou,you,you..."