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On se promènera dans des ailleurs où les couleurs du monde seront changées. On fera des bulles de savon, couchés dans l'herbe verte et épaisse d'un jour doux d'été. Je rirai quand elles éclateront sur le bout de ton nez. On se roulera dans l'herbe comme deux chiots fous. Fous amoureux. On se brûlera les yeux en regardant le soleil jusqu'à ne plus rien voir, jusqu'à ne plus avoir dans les yeux que des étoiles de feu. Même dans le noir on n'aura pas peur, on aura toujours des soleils pleins les yeux. Tu me feras boire de la vodka-limonade en me faisant couler les trois quarts du verre sur le menton, puis dans le cou jusque dans le nombril. On mangera des pizzas dans les recoins les plus taggués de la ville en comptant les étoiles. Il fera nuit et on fera des ombres chinoises avec nos briquets sur les murs colorés. Je me pelotonnerai dans tes bras et je finirai par m'endormir. Tu me réveilleras quand la ville se sera assoupie, quand il n'y aura plus que les réverbères pour nous montrer le chemin. On marchera dans les rues désertes en se faisant la liste des friandises qu'on aime, chocolat, caramel, pâte de fruit, sucette. Bêtises, on en fera des tas. On sautera sur les bandes blanches des passages piétons. Si tu poses le pied sur le goudron, tu me fais un bisou. Tu me feras plein de bisous. On s'en ira pieds nus sur les pavés tièdes des petits matins. On fera le tour de la ville, on achètera un paquet de cigarettes qu'on fumera dans un bain de mousse en se prenant en photo. Je te photographierai sans arrêt, comme si j'avais besoin d'imprimer ton sourire sur le papier pour te croire quand tu me diras que tu m'aimes. On se brûlera les ailes en voulant tout faire trop vite, en voulant tout savoir, tout connaître. On voudra tout goûter, et on en finira écoeurés. La cendre de la cigarette est froide. Elle flotte encore à la surface d'un verre d'eau. Et au fond de tes yeux ciel, j'aperçois une passion délavée. La fête est finie, les jouets sont cassés. Le sourire éteint, ma main sans la tienne, je te vois de dos dans le soir, prendre le bus sans un au revoir. Et le monde continuera de tourner, et les couleurs n'en seront plus changées.

# Posté le jeudi 27 décembre 2007 06:25

Modifié le jeudi 27 décembre 2007 08:29

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